Laaouej: « Mettons l’Indexation automatique des salaires dans la Constitution »

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Pour le député PS, les sauts d’index deviendraient inconstitutionnels. « Cela empêchera certains partis de renier leurs promesses de ne pas toucher au pouvoir d’achat. » Reste à trouver une majorité…

« Je lance un défi : inscrivons dans la Constitution le principe de l’indexation automatique des salaires et des allocations. »

Le député socialiste Ahmed Laaouej lance une proposition. Il souhaite que l’indexation automatique, qui provoque la hausse des salaires et des allocations sociales à mesure que les prix augmentent, soit inscrite dans la loi fondamentale.

Pour lui, en augmentant la TVA sur l’électricité et en optant pour un saut d’index, les partis au gouvernement ont renié leurs promesses électorales et affecté le pouvoir d’achat de la population. « Il faut pouvoir amener ceux qui se sont engagés pendant la campagne électorale à ne pas s’en prendre aux revenus disponibles des ménages, à ne pas faire de saut d’index, je parle du MR notamment. Il faut les amener à ne plus pouvoir faire ce genre de choix. Si on veut protéger le niveau de vie et éviter qu’ils ne s’appauvrissent, il faut poser un geste. » Pour Ahmed Laaouej, la mesure serait efficace : « Toute loi qui prévoirait un saut d’index deviendrait inconstitutionnelle. »

Farfelu ? Pas pour Ahmed Laaouej. Une telle disposition aurait parfaitement sa place dans la Constitution. « Dans son article 23, elle fait l’inventaire des droits sociaux : droit à la sécu, à la protection de la santé, au logement. L’indexation y aurait parfaitement sa place. Je lance un défi. »

Sera-t-il dès lors possible de rendre la Belgique compétitive sans le saut d’index ? Pour Ahmed Laaouej, la réponse est positive. « C’est un choix de société. Si on veut soutenir les entreprises, il n’est pas nécessaire de réduire les salaires. On peut jouer sur d’autres formules, comme les exonérations de cotisations sociales et le précompte professionnel. Il y a là un outil. Le saut d’index, c’est une solution de facilité qui produit de l’injustice. »

On peine à croire que la proposition du PS réunira les majorités requises dans les deux groupes linguistiques. Ahmed Laaouej répond par une pirouette : « Tous les partis, sauf la N-VA, avaient indiqué dans leurs programmes et leurs déclarations de campagne qu’ils ne s’en prendraient pas aux revenus des ménages. Je ne vois donc pas pourquoi ils s’opposeraient à ma proposition… »

Pour le député socialiste, il n’est pas anormal que son parti n’ait pas pris cette initiative quand il était au pouvoir. « La situation n’est pas comparable. Ici, le saut d’index est bel et bien intervenu, et la N-VA demande qu’on économise encore sur la sécurité sociale. »

Pour Ahmed Laaouej, de nouvelles économies sur la sécurité sociale seraient « irresponsables. » Il constate que la situation en Chine, les mauvaises perspectives de croissance du FMI, et la baisse des marchés financiers laissent planer le risque d’une crise économique. « Et dans ces moments-là, le soutien de la demande intérieure est capital. C’est un stabilisateur économique. » Pour lui, il faut donc laisser indemne tout ce qui soutient le pouvoir d’achat, y compris l’indexation.

BERNARD DEMONTY (Le Soir)