Laaouej: « Le Tax-Shift du gouvernement Michel est une supercherie! »

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Le tax shift, c’est l’une des mesures phares du gouvernement Michel. Par un allègement de la fiscalité sur le travail, il est censé procurer du pouvoir d’achat supplémentaire à tous les travailleurs. Mais pour le député PS Ahmed Laaouej, ce tax shift est une « supercherie ». Selon ses calculs, le gouvernement va récupérer 2,8 milliards via des taxes indirectes qui touchent les consommateurs.

SudPresse: Hausse des accises sur le diesel, taxe sur les boissons sucrées, hausse de la TVA sur l’électricité… Selon vos calculs, la facture s’annonce salée pour les consommateurs. Vous évoquez 2,8 milliards d’ici 2018 ?

Ahmed Laaouej: Je suis parti du constat qu’il y avait dans le tax shift une supercherie. Le gouvernement a prétendu qu’il allait alléger la fiscalité des Belges en diminuant l’impôt sur le travail. Mais il a oublié de dire qu’il allait augmenter, dans de mêmes proportions, l’impôt sur la consommation. Dans un premier temps, on a constaté qu’il y avait une quasi-égalité entre les baisses d’impôt sur le travail et les augmentations d’impôt sur la consommation, en particulier via la hausse de la TVA sur l’électricité, qui est passée de 6 % à 21 %. Et puis, au fur et à mesure des mois, quand le gouvernement avait un trou budgétaire à combler, il augmentait à nouveau les impôts sur la consommation.

Ils vont chaque fois piocher dans les poches des ménages à chaque trou à boucher. Le trou, on le sait, est gigantesque. Un rapport de la Banque nationale montre que 58 % du tax shift n’est pas financé à l’horizon 2020.

Comment avez-vous effectué ce calcul ?

Nous avons additionné ce que les augmentations sont censées rapporter d’ici 2018, date du retour à l’équilibre budgétaire. Il faut rappeler que la fiscalité indirecte, c’est la fiscalité plus injuste qui soit. Contrairement à la fiscalité directe, les impôts sur la consommation que sont les accises et la TVA pèsent plus lourdement sur les petits budgets et les moyens budgets. En plus, ce sont des impôts qui aboutissent à une redistribution inégalitaire des revenus. Ils provoquent donc des inégalités au contraire des impôts sur le travail qui sont progressifs.

Augmenter les accises pour boucher les trous, n’est-ce pas justement une recette utilisée par tous les gouvernements précédents ?

Depuis le début des années 2000, jamais un gouvernement ne l’a fait dans de pareilles proportions. Ce qui est condamnable, c’est que, pour boucher les trous, il s’en prend aux mêmes, à savoir les travailleurs et les ménages, dont les pensionnés qui n’ont pas de réduction d’impôt sur le travail.

Et en plus de cela, ne perdons jamais de vue les effets du saut d’index.

Le gouvernement avance des motifs écologiques pour justifier les hausses des accises sur le diesel…

C’est une mascarade. On sait que six Belges sur 10 roulent au diesel. Pour quelqu’un qui utilise sa voiture normalement, c’est une facture de 300 € par an à payer.

Vous évoquiez la question du financement du tax shift. Pour vous, risque-t-on de faire face à une nouvelle rage taxatoire ?

Tout à fait. Pour financer le tax shift, il manque 6,6 milliards d’euros à l’horizon 2020. Il y a trois options qui seraient douloureuses pour les ménages et la population : couper dans les services publics, qui sont déjà à l’os, couper dans la sécurité sociale ou lever de nouveaux impôts sur la consommation.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Nous sommes favorables à la création d’un impôt sur les grands patrimoines qui pourrait rapporter 2,2 milliards d’euros selon la Cour des comptes. Il faudrait également une véritable fiscalité sur la spéculation qui pourrait rapporter quelques centaines de millions.

Enfin, il faut accentuer la lutte contre la fraude fiscale. Les Panama Papers ont montré qu’il y avait beaucoup de choses à faire. Le MR dit toujours qu’il est le parti qui défend les classes moyennes. Je dénonce l’hypocrisie de ce discours. Car qui va payer ces accises ou la hausse de la TVA sur l’électricité ? Ce sont les classes populaires mais aussi la classe moyenne.

* Propos recueillis par Guillaume Barkhuysen – Sud-Presse 04/07/2016