Duel « Laaouej/Borsus » sur Mise au Point: un véritable combat idéologique.

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C’est un véritable combat idéologique que se sont livrés Willy Borsus, ministre MR des classes moyennes et le député socialiste Ahmed Laaouej à propos des dernières prévisions 2015-2020 du bureau fédéral du plan. 200 000 emplois devraient être créés d’ici 5 ans, mais grâce à qui ? Et qui en supportera le coût? L’Etat, les entreprises ou les ménages. C’est sur ce point que MR et PS s’opposent avec …véhémence.

Pour le ministre des PME et des indépendants, les emplois seront créés à la fois grâce aux conditions économiques favorables (prix du pétrole, baisse de l’euro et taux d’intérêt de la dette) et aux mesures gouvernementales:  » Notre réforme du marché du travail et des pensions permettra de supprimer 54 000 chômeurs à l’horizon 2019. » Et tout cela se ferait dans le rétablissement des finances et de la dette publique.

Des chiffres qu’Ahmed Laaouej met en doute. Selon le PS, la création nette d’emplois entre 2014 et 2019 ne sera pas de 54 000, mais de 13 000 unités. Et selon lui, cela ne s’explique que par le saut d’index. « Ce saut d’index pèse pour 2,5 milliards d’euros. Ce qui signifie que l’on va consacrer 90 000 euros par emploi. En termes d’efficacité on peut faire mieux.  »

Ahmed Laaouej assure par ailleurs que si on compare les conditions actuelles avec celle de l’an passé, il existe un appauvrissement de 5% du revenu disponible des ménages et une augmentation de 5% des bénéfices des entreprises. « Ces 13 000 emplois sont financés par l’appauvrissement des travailleurs que représente le saut d’index.  »

Willy Borsus invoque pour sa part les perspectives du bureau du Plan qui établissent une croissance annuelle du revenu net des ménages de plus de 1,1%: « L’une des causes de cette croissance est l’affectation de l’enveloppe bien être à 100%. Cela représente une augmentation de 2% des allocations, des pensions et des revenus les plus bas. Sans oublier le relèvement des déductions pour frais forfaitaires.  » Et le ministre MR de lancer un défi au député PS : « S’il vous plait, prenez de la même façon le taureau par les cordes dans les régions. »

Avant, c’était mieux?

Une prière que balaie Ahmed Laaouej d’un revers de main: « Les ménages avaient déjà droit à l’enveloppe bien-être et cela s’ajoutait à l’indexation que vous supprimez. La décision de remettre l’enveloppe bien-être à 100% avait d’ailleurs été prise par le gouvernement Di Rupo. En prenant 2,5 milliards aux travailleurs vous ne compensez pas leur perte nette de 25 000 euros perdus sur leur carrière complète. »

L’Europe revendiquée par tous

Enfin, le député PS invoque l’Europe : « Sous le gouvernement Di Rupo, notre pays avait une croissance supérieure à la moyenne européenne. Là, elle sera inférieure. Quand le ministre Jamar dit que l’on va encore couper dans les pouvoirs publics et la sécurité sociale, cela ne va pas soutenir la demande intérieure. Notre économie dépend pour 70% de la demande intérieure. Vous allez donc freiner la croissance.  » Dans ce combat à fleurets non mouchetés, Willy Borsus s’en réfère au bureau du Plan, au FMI et aux mêmes autorités européennes pour justifier, au contraire, l’action du gouvernement fédéral: « Tous disent, depuis la fin de l’année dernière, que les mesures prises par le gouvernement vont dans le bon sens.  »

Croissance par l’offre ou par la demande?

Pour le MR, la demande intérieure passe par le débat sur la réforme fiscale et l’allégement des charges sur le travail: « Cela représentera des revenus nets supplémentaires pour les ménages. »

C’est le moment choisi par Ahmed Laaouej pour demander quel sort sera réservé à la TVA lors de la réforme fiscale (Tax Shift) annoncée pour les prochaines semaines. Le MR botte en touche : « Ce débat ne se fera pas sur le plateau, le virage fiscal portera sur 5 milliards d’euros. On ne mène pas une telle discussion devant les caméras de télévision. Il y aura des arguments de négociation.  »

Sur le plateau de ‘Mise au Point’, c’est bien à un débat de philosophie économique que l’on assiste: le PS reproche au MR de vouloir promouvoir l’économie de l’offre alors que c’est, selon lui, la demande qui devrait être favorisée par le biais des dépenses des ménages. Le MR, au contraire, est persuadé que la baisse des charges permettra aux PME d’engager davantage et de réduire ainsi le chômage et les coûts de sécurité sociale. Mais ce sont deux mondes qui s’opposent : « Aucune mesure ne trouve grâce à vos yeux « , déplore Willy Borsus. « Vous menez une politique motivée par l’idéologie et non par le sens des réalités. » rétorque Ahmed Laaouej. Un échange particulièrement « viril » qui augure de l’atmosphère sportive qui régnera lors des prochains débats sur la réforme fiscale. On se croirait à la veille d’élections.

Jean-Claude Verset
RTBF – 17/05/2015