Député Laaouej: « En seize ans de carrière, je n’ai jamais vu cela »

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Depuis qu’il a rejoint le centre d’étude du PS en 2000 pour se charger des dossiers fiscaux, Ahmed Laaouej, député socialiste et spécialiste des questions budgétaires n’avait jamais vu cela. Il n’hésite pas à qualifier le trou budgétaire de deux milliards de « dramatique ».

La situation est aussi grave ?

Pendant ces 16 ans où j’ai planché sur ces questions, je n’ai jamais vu cela Cette aggravation du déficit était prévisible. Je n’ai cessé de lancer des mises en garde ces derniers mois.

La Sécu est responsable du quart du dérapage. Cela vous surprend ?

Pas du tout puisque ce gouvernement l’a privée d’une partie de son financement. Au bout de la trajectoire, en 2020, la Sécu sera amputée de deux milliards. Que ces comptes dérapent, c’était inscrit dans les astres. Tout comme l’écart entre les prévisions du rendement de l’impôt des sociétés (ISoc) et la réalité. Un trou de 1 milliard ! Comme l’année dernière, le gouvernement a retenu une hausse de plus de 20 % des recettes de l’Isoc, sans la moindre justification. Des rentrées fiscales de 14,5 milliards ont été budgétées : la réalité affiche 12 milliards. C’est grotesque ! On ne retient pas un bond aussi spectaculaire de recettes à ce point liées à la conjoncture. Et tout le monde sait qu’elle est morose. Il y a d’autres surestimations de recettes dans le budget comme le rendement de nouvelles mesures fiscales : la taxe Caïman ou l’augmentation de la TVA de 6 à 21 %. Le bureau du Plan misait sur 500 millions. Le gouvernement a retenu 1,2 milliard. Les hausses de TVA et l’indexation décidées par le gouvernement font fléchir la consommation intérieure. Sans compter l’absence de financement du tax-shift que l’on paie déjà aujourd’hui. Vraiment, je me demande si certains n’ont pas reçu comme instruction d’habiller les chiffres budgétaires. C’est en tout cas de la gestion à la petite semaine. Plutôt que de passer l’aspirateur, on préfère cacher la poussière sous le tapis.

Vous pointez le cabinet des Finances ?

Je ne pointe pas un ministre en particulier. Que le Grand Argentier ne livre aucun effort pour lutter contre la fraude fiscale, cela, c’est sa responsabilité. Mais un budget, c’est l’affaire de tout le gouvernement.

Qui va payer la facture ?

Il n’y a pas 36 solutions : les deux seules voies possibles, c’est l’augmentation des taxes ou la diminution des dépenses dans les services publics. Or, chacun sait que les investissements publics constituent la clé de la relance économique. En sabrant dans ces dépenses, on se prive de cette capacité de relance. Les partis de la majorité ne cessent d’affirmer que nos dépenses publiques sont trop élevées et engloutissent plus de la moitié (52 %) de notre produit intérieur brut. Mais plus de la moitié de ces dépenses sont des prestations sociales qui sont réinjectées dans le PIB. En puisant dans la poche des ménages, le gouvernement fait fausse route au moment où il doit justement redonner de l’oxygène pour relancer la consommation. C’est d’autant plus inquiétant que l’actualité génère de nouvelles dépenses, en matière de lutte contre le terrorisme et de financement en matière de mobilité, comme la mise en œuvre du RER.

L’objectif de l’équilibre budgétaire en 2018 est-il menacé ?

Si la majorité ne trouve pas de solution pour combler le trou, on risque en effet de nous retrouver à l’amende européenne, sous le coup d’un déficit excessif. Pourtant, il existe des alternatives à l’austérité pratiquée par ce gouvernement, comme la lutte contre la fraude fiscale, au point mort aujourd’hui et la contribution des revenus du capital, par exemple.

 

 

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