Ahmed Laaouej: « Au PS, nous proposons de diminuer l’impôt de 70% des travailleurs »

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Rarement à l’approche d’une élection, nos impôts auront été autant au centre des débats électoraux. Quand l’un évoque un sursaut de « créativité », l’autre annonce un « électrochoc ». Pour chaque parti, réformer la fiscalité est devenu un choix capital. Mais au bilan, qui va payer ? C’est la question que Thomas Gadisseux a posée à ses invités sur le plateau de « Mise au point ».

A quelques semaines d’un scrutin électoral, il est de bon ton d’annoncer une baisse d’impôts. Mais cette fois, chaque parti se présente devant l’électeur avec un projet de réforme fiscale détaillé. Tous ont à cœur d’alléger les charges fiscales sur le travail, mais aucun ne s’accorde sur la manière d’y parvenir. Alors, pour pourquoi modifier le système ? Qui doit profiter de ces réformes ? Qui en sortira lésé ? Comment financer les baisses de taxes ? Où trouver l’argent ? L’objectif affiché est de doper l’emploi. Comment créer des conditions favorables pour attirer les entreprises ? Quels avantages pour les sociétés ? Et surtout, à quel prix ? Vu le contexte économique et budgétaire, les promesses électorales sont-elles réalisables ?

Réforme la fiscalité : qui va payer, qui va y gagner ?

« Qui doit payer moins d’impôts », demande d’emblée Thomas Gadisseux à ses invités ? Pour David Clarinval, député fédéral MR, ce sont deux catégories : « Les bas salaires (1100 €/mois net) et la classe moyenne. Il faut taxer à 0% les 13 000 premiers euros pour les personnes qui gagnent de 50 000 à 70 000 €/an. »

Ahmed Laaouej, sénateur PS, se basant sur une étude de la KUL, estime que cette réforme viderait les caisses de l’Etat et compromettrait la protection des travailleurs, à commencer par les pensions et les soins de santé. « Au PS, ajoute-t-il, nous voulons cibler les salaires à hauteur de 2000 € net /personne (3400 bruts). Cela couvre 70% des travailleurs. »

Anne Demelenne, secrétaire générale FTGB rappelle que « la fiscalité est un fantastique moyen de réduire les inégalités sociales et c’est un choix de société : veut-on d’une réforme en profondeur ou juste d’un ‘électrochoc’ ? La FGTB a toujours dit que la Belgique est un paradis fiscal pour les riches et un enfer pour les travailleurs. Alors d’accord pour un rééquilibrage vers une taxation du capital mais le problème en Belgique est qu’il y a peu de transparence : on ne connaît pas les revenus du capital correctement. Il ne faudra pas entrer dans un jeu de dupes où on ne pourra pas réellement compenser les baisses fiscales des bas revenus par la taxation du capital et où il faudra s’en prendre aux services publics (enseignement, soins de santé…) et à la création d’emplois de qualité.« 

Intérêts notionnels : « faire quelque chose d’autre avec cette enveloppe budgétaire« 

C’est l’avis d’Ahmed Laaouej qui rappelle que « le bilan au niveau de l’emploi et des investissements productifs n’a impressionné personne, à commencer par la banque nationale … La bonne option serait de prendre cette enveloppe et d’en faire autre chose, des choses ciblées : bonifier la qualité du tissu économique, récompenser des entreprises qui investissent dans des actifs productifs mais aussi dans la recherche et développement, qui créent de l’emploi et n’ont pas une logique à court terme. »

« Les intérêts notionnels ne créent ni emploi ni richesse, tout le monde s’accorde à le dire, rappelle Anne Demelenne, cela attire des multinationales qui viennent faire de l’optimalisation fiscale en Belgique sans créer d’emploi ».

 

Patrick Bartholomé – RTBF